{"id":79719,"date":"2016-04-29T00:00:00","date_gmt":"2016-04-28T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/foraus.ch\/blog-post\/quel-impact-le-brexit-pourrait-il-avoir-pour-la-suisse-stop-aux-speculations-hasardeuses\/"},"modified":"2026-05-27T11:20:46","modified_gmt":"2026-05-27T09:20:46","slug":"quel-impact-le-brexit-pourrait-il-avoir-pour-la-suisse-stop-aux-speculations-hasardeuses","status":"publish","type":"blog-post","link":"https:\/\/foraus.ch\/fr\/blog-post\/quel-impact-le-brexit-pourrait-il-avoir-pour-la-suisse-stop-aux-speculations-hasardeuses\/","title":{"rendered":"Quel impact le \u00ab Brexit \u00bb pourrait-il avoir pour la Suisse? Stop aux sp\u00e9culations hasardeuses"},"content":{"rendered":"\n<div class=\"fo-blog__detail__content__excerpt\">\n\n<strong>Vue de Suisse, une \u00e9ventuelle sortie du Royaume-Uni de l\u2019Union europ\u00e9enne (UE) soul\u00e8ve de nombreuses interrogations. Dans ce cadre, plusieurs commentateurs (dont le Professeur honoraire Philippe Braillard) ont soutenu l\u2019id\u00e9e selon laquelle un \u00ab Brexit \u00bb serait largement profitable \u00e0 la Suisse.\u00a0<\/strong>\n\n&nbsp;\n\n<\/div>\n<div class=\"fo-blog__detail__content__content\">\n<div class=\"fo-row\">\n<div class=\"fo-blog__content-html\">\n\nVue de Suisse, une \u00e9ventuelle sortie du Royaume-Uni de l\u2019Union europ\u00e9enne (UE) soul\u00e8ve de nombreuses interrogations. Dans ce cadre, plusieurs commentateurs (dont le Professeur honoraire Philippe Braillard) ont soutenu l\u2019id\u00e9e selon laquelle un \u00ab Brexit \u00bb serait largement profitable \u00e0 la Suisse.\n\nDans le texte suivant, j\u2019examine syst\u00e9matiquement cette id\u00e9e en formulant une appr\u00e9ciation sur les trois grands arguments r\u00e9guli\u00e8rement utilis\u00e9s pour la soutenir :\n\n<b><i>1) Une sortie du Royaume-Uni mettrait fin \u00e0 l\u2019isolement de la Suisse dans ses d\u00e9marches bilat\u00e9rales. Il entrainerait ainsi un renforcement du \u00ab pouvoir de n\u00e9gociation \u00bb de la Suisse dans ses pourparlers avec l\u2019UE.<\/i><\/b>\n\n<i>Lors des deux ans de n\u00e9gociations visant \u00e0 lui octroyer un nouveau statut, le Royaume-Uni deviendrait un pays tiers mais essayerait en parall\u00e8le de maintenir un acc\u00e8s au march\u00e9 int\u00e9rieur. L\u2019id\u00e9e ici est que la Suisse pourrait \u00ab se joindre aux efforts anglais \u00bb dans le but de d\u00e9velopper sa propre voie bilat\u00e9rale. Par exemple, si le Royaume-Uni venait \u00e0 obtenir un acc\u00e8s au march\u00e9 europ\u00e9en des services financiers, Berne pourrait se pr\u00e9valoir de ce pr\u00e9c\u00e9dent pour exiger la conclusion d\u2019un accord similaire.<\/i>\n\nCet argument est probl\u00e9matique car il repose sur une hypoth\u00e8se incertaine. En r\u00e9alit\u00e9, \u00e0 l\u2019heure actuelle, nul ne sait quelle sera la nouveau mod\u00e8le d\u2019int\u00e9gration du Royaume-Uni s\u2019il venait \u00e0 quitter l\u2019Union. Londres pourrait tr\u00e8s bien d\u00e9cider de rejoindre l\u2019Espace \u00e9conomique europ\u00e9en (EEE) ou simplement se satisfaire de la conclusion d\u2019un accord de libre \u00e9change \u00e9largi avec l\u2019UE. Dans ces deux cas, un Brexit ne contribuerait d\u2019aucune mani\u00e8re \u00e0 am\u00e9liorer la position de n\u00e9gociation de la Suisse. En effet, les modalit\u00e9s d\u2019int\u00e9gration du Royaume-Uni et de la Suisse seraient trop dissemblables pour esp\u00e9rer tout parall\u00e8le. Par ailleurs, m\u00eame si le gouvernement de M. Cameron cherchait \u00e0 \u00e9muler le mod\u00e8le d\u2019int\u00e9gration helv\u00e9tique \u2013 ce qui est loin d\u2019\u00eatre acquis compte tenu des critiques que le Premier Ministre Britannique a adress\u00e9 \u00e0 l\u2019endroit du bilat\u00e9ralisme suisse \u2013 rien ne dit que l\u2019UE serait dispos\u00e9e \u00e0 traiter de mani\u00e8re bienveillante deux pays aux caract\u00e9ristiques si diff\u00e9rents.\n\n<b><i>2) En cas de Brexit, Bruxelles finira par accepter la cr\u00e9ation d\u2019un \u00ab nouveau cercle d\u2019int\u00e9gration ext\u00e9rieure \u00bb incluant les pays europ\u00e9ens d\u00e9sirant \u00e9viter toute adh\u00e9sion \u00e0 l\u2019UE (ou \u00e0 l\u2019EEE) tout en pr\u00e9servant des liens \u00e9conomiques privil\u00e9gi\u00e9s avec l\u2019UE.<\/i><\/b>\n\n<i>Ce deuxi\u00e8me argument d\u00e9coule de l\u2019id\u00e9e selon laquelle l\u2019UE a perdu sa coh\u00e9sion politique interne et qu\u2019elle ne pourra continuer son processus d\u2019int\u00e9gration \u00ab sans cesse plus \u00e9troit \u00bb qu\u2019\u00e0 la condition de permettre \u00e0 diff\u00e9rents groupes de pays d\u2019avancer \u00e0 leur rythme voire m\u00eame \u00e0 choisir le statu quo. Ceci impliquerait la cr\u00e9ation d\u2019une \u00ab Europe des cercles \u00bb au fonctionnement diff\u00e9renti\u00e9 pour ses membres.<\/i>\n\nA nouveau, les choses sont plus compliqu\u00e9es. Premi\u00e8rement, l\u2019UE ne peut se permettre de cr\u00e9er un cercle d\u2019int\u00e9gration ext\u00e9rieur pour accommoder les pr\u00e9tentions particuli\u00e8res du Royaume-Uni et de la Suisse. En effet, un tel sc\u00e9nario renforcerait consid\u00e9rablement les forces eurosceptiques pr\u00e9sentes dans les pays membres restants. Ces derni\u00e8res pousseraient leurs pays respectifs \u00e0 imiter une sortie \u00ab \u00e0 l\u2019anglaise \u00bb. D\u00e8s lors, l\u2019UE cesserait d\u2019exister sous sa forme actuelle, laissant augurer une grande p\u00e9riode d\u2019incertitude et, peut \u00eatre m\u00eame d\u2019instabilit\u00e9 politique sur le Vieux Continent.\n\nSelon plusieurs sources \u00e0 Bruxelles (sous couvert d\u2019anonymat), les choses sont donc claires. Si les Britanniques sortent, les portes de l\u2019EEE leurs seront ouvertes. De fait, le Royaume-Uni deviendrait alors un satellite \u00e9conomique de l\u2019UE. S\u2019ils n\u2019y consentent pas, il faudra bien conclure des accords bilat\u00e9raux pour r\u00e9gler les probl\u00e8mes pratiques et pour \u00e9viter une s\u00e9rie de petites catastrophes \u00e9conomiques. Dans ce cas de figure, il ne sera nullement question de cr\u00e9er un mod\u00e8le multilat\u00e9ral, soit un nouvel espace d\u2019int\u00e9gration destin\u00e9 \u00e0 accueillir plusieurs pays. Le Royaume-Uni conclura au cas par cas et selon le bon vouloir de l\u2019UE, une s\u00e9rie d\u2019accords sectoriels pour autant qu\u2019il s\u2019engage \u00e0 adopter l\u2019\u00e9volution de certaines l\u00e9gislations europ\u00e9ennes. Comme pour le cas suisse, il s\u2019agira plut\u00f4t d\u2019un bricolage et non d\u2019un nouveau cercle d\u2019int\u00e9gration profitable \u00e0 Berne.\n\nDeuxi\u00e8mement, tout cercle d\u2019int\u00e9gration ext\u00e9rieure se trouverait en concurrence directe avec l\u2019Espace \u00e9conomique europ\u00e9en (EEE). Le probl\u00e8me ici est que l\u2019UE ne souhaite pas affaiblir l\u2019EEE en la faisant apparaitre comme un carcan \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019une structure similaire plus flexible. En effet, plusieurs responsables europ\u00e9ens per\u00e7oivent l\u2019EEE comme un mod\u00e8le de gouvernance ext\u00e9rieure tr\u00e8s abouti et qu\u2019il convient de pr\u00e9server. Troisi\u00e8mement, m\u00eame si l\u2019on faisait abstraction des probl\u00e8mes mentionn\u00e9s ci-dessus, tout nouveau cercle d\u2019int\u00e9gration connaitrait des probl\u00e8mes pratiques consid\u00e9rables lors de son \u00e9laboration (il faudrait par exemple se mettre d\u2019accord sur une proc\u00e9dure en cas de r\u00e8glement des diff\u00e9rends, un m\u00e9canisme de surveillance de l\u2019application des accords etc.).\n\n<b>3) La propension de l\u2019UE \u00e0 cr\u00e9er des contraintes r\u00e8glementaires diminuerait \u00e0 la suite d\u2019un Brexit.<\/b>\n\n<i>L\u2019id\u00e9e ici est que l\u2019Union europ\u00e9enne sortira tr\u00e8s affaiblie par le Brexit et qu\u2019elle sera donc moins encline \u00e0 d\u00e9fendre des positions \u00ab dogmatiques \u00bb vis-\u00e0-vis de la Suisse. Cette nouvelle configuration conf\u00e8rera un avantage \u00e0 Berne, particuli\u00e8rement dans le cadre de sa n\u00e9gociation institutionnelle actuelle. \u00a0<\/i>\n\nTout d\u2019abord, il s\u2019agit ici d\u2019un mauvais calcul. En effet, il est \u00e9trange pour un observateur suisse de se r\u00e9jouir de l\u2019affaiblissement du principal partenaire \u00e9conomique de son pays. D\u2019ailleurs, l\u2019une des premi\u00e8res cons\u00e9quences de cet affaiblissement affectera aussi l\u2019\u00e9conomie suisse. A la suite d\u2019un Brexit, l\u2019euro devrait encore chuter et donc renforcer le probl\u00e8me du franc fort.\n\nEn outre, l\u2019hypoth\u00e8se selon laquelle l\u2019UE finira bien par \u00eatre \u00ab plus flexible \u00bb avec la Suisse est pour le moins optimiste. En r\u00e9alit\u00e9, de nombreux analystes consid\u00e8rent qu\u2019une sortie du Royaume-Uni permettrait \u00e0 l\u2019UE de davantage l\u00e9gif\u00e9rer voire m\u00eame d\u2019acc\u00e9l\u00e9rer son processus d\u2019int\u00e9gration. Leur raisonnement est tout \u00e0 fait pertinent car, historiquement, le Royaume-Uni a souvent profit\u00e9 de son appartenance \u00e0 l\u2019UE pour bloquer certaines l\u00e9gislations europ\u00e9ennes et freiner le processus d\u2019int\u00e9gration dans son ensemble. De nombreux \u00e9pisodes historiques en attestent. Par exemple, en 2004, le Premier Ministre Tony Blair \u2013 pourtant plut\u00f4t consid\u00e9r\u00e9 comme pro-europ\u00e9en au Royaume-Uni \u2013 a refus\u00e9 de valider la nomination du Premier Ministre belge Guy Verhofstadt \u00e0 la Pr\u00e9sidence de la Commission europ\u00e9enne. En effet, ce dernier \u00e9tait per\u00e7u par Londres comme un \u00ab euroturbo \u00bb. Cet \u00e9pisode, peu connu du grand public, a laiss\u00e9 des traces puisque le deuxi\u00e8me choix des pays membres s\u2019est port\u00e9 sur le Premier Ministre portugais Jos\u00e9 Manuel Barroso, un adepte des m\u00e9thodes intergouvernementales peu enclin \u00e0 proposer des solutions f\u00e9d\u00e9rales aux probl\u00e8mes.\n\nEn conclusion, l\u2019id\u00e9e selon laquelle la sortie du Royaume-Uni constituerait une opportunit\u00e9 politique pour la Suisse manque singuli\u00e8rement de prudence et de clairvoyance. L\u2019analyse sur laquelle repose cette id\u00e9e souffre d\u2019un seul probl\u00e8me: elle ne prend pas suffisamment en compte la perspective politique et, surtout, les pr\u00e9f\u00e9rences des responsables politiques europ\u00e9ens. A l\u2019heure actuelle, l\u2019un des seuls \u00e9l\u00e9ments qui para\u00eet certain en cas de Brexit, c\u2019est que le dossier suisse deviendra d\u2019importance tr\u00e8s secondaire \u00e0 Bruxelles. D\u00e8s lors, la Suisse n\u2019arrivera pas \u00e0 trouver de solutions rapides \u00e0 ses litiges avec l\u2019UE (libre circulation, questions institutionnelles). Ceci accentuera encore l\u2019incertitude qui plane sur la voie bilat\u00e9rale.\n\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"featured_media":68605,"template":"","meta":{"_acf_changed":false},"archive-status":[],"region":[1849],"custom-themes":[],"class_list":["post-79719","blog-post","type-blog-post","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","region-europa"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/foraus.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/blog-post\/79719","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/foraus.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/blog-post"}],"about":[{"href":"https:\/\/foraus.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/blog-post"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/foraus.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/68605"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/foraus.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=79719"}],"wp:term":[{"taxonomy":"archive-status","embeddable":true,"href":"https:\/\/foraus.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/archive-status?post=79719"},{"taxonomy":"region","embeddable":true,"href":"https:\/\/foraus.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/region?post=79719"},{"taxonomy":"custom-themes","embeddable":true,"href":"https:\/\/foraus.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/custom-themes?post=79719"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}