Après l'élection: (Re)pansons l'europe!

Europe

Par Anna Dister et Eva Paul – Qu’en est-il de ce chantier européen, après 64 ans de construction ? Manque de transparence pour les uns, budgets démesurés pour les autres, gendarme indésirable pour la plupart. Le jaillissement de l’extrême droite reflète un ras-le-bol général et demande à ce qu’on (re)panse l’Europe…

A force de recaler les politiciens nationaux incompétents ou indésirables à Bruxelles, de déléguer les problèmes nationaux à niveau supranational, on fait de l’Europe une déchèterie. Le fonctionnement de l’Europe est difficilement compréhensible, même pour les spécialistes. Ainsi, on renforce à nouveau le nationalisme, on nourrit les partis d’extrême droite et on s’oppose au projet Européen de base : une coopération économique avec pour but la prospérité et le maintien de la paix.

L’Europe n’a jamais été créée par la volonté du peuple, mais par quelques visionnaires qu’on appelle aujourd’hui les « pères fondateurs ». La population n’était pas davantage informée sur le fonctionnement des institutions que ce qu’elle n’est aujourd’hui, mais on leurs avait donné une vision. La vision d’une Europe prospère et en paix. Aujourd’hui, la paix est devenue un bien acquis, et on ne peut plus la proposer comme vision, car c’est déjà notre réalité. Cette réalité il faut la maintenir, c’est l’héritage de nos grands-parents, c’est le luxe de nos générations, mais il faut offrir à l’Europe une nouvelle vision qui dépasse la prospérité économique. Un idéal pour les jeunes, qui en temps de crise continue à nous faire croire au projet européen.

(Re)pansons l’Europe en l’adaptant aux besoins d’aujourd’hui et en « combinant l’idéal des grands objectifs avec le pragmatisme des petits pas ».

Le cas de la France.

Adoptons maintenant le point de vue français, représentatif de la montée populiste en Europe. Le cas de l’Hexagone a fait couler beaucoup d’encre depuis ce dimanche, car le Front National (FN) a obtenu plus de sièges au Parlement Européen que les partis traditionnels. Depuis, le FN se targue d’être devenu le premier parti de France ; idée totalement fausse si l’on y regarde de plus près.

La France n’est ni eurosceptique, ni europhobe. Le résultat du vote français est, et doit être compris dans un cadre national. La crise a dépassé le cadre économique et gangrène à présent la société. Le vote pour le parti d’extrême droite reste un vote contestataire, qui aurait dû être estimé à sa juste valeur, si l’on en croit les mauvais résultats de la gauche aux élections législatives. Permettez, Mme Le Pen, mais vous n’êtes pas encore la jet-seteuse de la politique française. Vous incarnez le désespoir, la confiance perdue, la volonté de retrouver une France d’avant la crise, tout au plus. Votre parti n’a pas de projet. C’est votre mise en scène qui vous rend si visible, et pas tant la crédulité des électeurs français.

Mais il est vrai que la situation actuelle demande une révision du système démocratique français. Là où l’électeur suisse a la possibilité d’exprimer son mécontentement face à son gouvernement plus d’une fois par année, l’électeur français attend patiemment cinq ans ; car le Président français a peur du référendum, au moins depuis 2005. Mais le modèle suisse est-il applicable en France ? Depuis le 9 février, on est en droit d’en douter. Trop de vote tue le vote, et le modèle suisse a aussi montré ses limites : certaines votations jouent avec le feu en allant à l’encontre des accords internationaux.

Si la démocratie indirecte n’est plus adaptée aux besoins actuels de la France, que le modèle suisse n’y serait pas plus applicable, de quelle manière peut-on aujourd’hui s’adresser en France aux citoyens européens ? Les extrêmes droites sont évidemment propres à chaque pays, ont toutes leurs singularités et leurs expressions. Doit-on, peut-on résoudre à échelle européenne la montée des populismes afin de sauvegarder l’idéal européen ? Osons retirer les parenthèses, et osons repenser l’Europe.

Anna Dister (26) est étudiante en master d’Etudes Européennes à l’Université de Fribourg. Elle est actuellement coordinatrice régionale du groupe foraus Fribourg.

Eva Paul (23) est étudiante en master d’Etudes Européennes à l’Université de Fribourg. Elle est engagée dans le groupe régional du foraus Fribourg.

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